Pourquoi préparer une check-list plomberie avant une rénovation
La plomberie de rénovation dans une cuisine ou une salle de bain ne se limite pas au remplacement des appareils. C’est une intervention qui touche à la structure du logement, à la sécurité des occupants et à la conformité réglementaire. Une check-list détaillée permet de :
- Limiter les imprévus sur chantier (fuites, manque de pression, mauvaise évacuation).
- Assurer la conformité aux normes en vigueur (DTU, Code de la construction, etc.).
- Optimiser le budget en anticipant les travaux cachés.
- Faciliter le dialogue avec le plombier, l’électricien et le cuisiniste ou le carreleur.
En France, les travaux de plomberie sont notamment encadrés par :
- Les Documents Techniques Unifiés (DTU), par exemple le DTU 60.1 (plomberie sanitaire pour bâtiments) et le DTU 60.11 (réseaux d’évacuation des eaux usées et pluviales).
- Le Code de la construction et de l’habitation (CCH), en particulier les dispositions relatives à la salubrité, à la ventilation et à l’accessibilité (articles R*111-1 et suivants).
- Les arrêtés relatifs à la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine (par exemple l’arrêté du 11 janvier 2007 modifié).
Diagnostic préalable de l’installation existante
Avant toute rénovation de cuisine ou de salle de bain, il est indispensable d’évaluer l’état de l’installation actuelle. Cette étape conditionne le choix entre une simple remise à niveau ou une refonte complète de la plomberie.
Points à vérifier sur l’alimentation en eau :
- Type de tuyauterie : cuivre, PER, multicouche, acier galvanisé, plomb (à proscrire).
- Âge de l’installation et historique de fuites ou de réparations.
- Pression et débit disponibles au point d’eau le plus défavorisé (douche à l’étage, par exemple).
- Présence de vannes d’isolement sur chaque réseau (eau froide, eau chaude, appareils).
- État du groupe de sécurité du chauffe-eau, des réducteurs de pression et des clapets anti-retour.
Points à vérifier sur l’évacuation :
- Diamètre des canalisations (conformité au DTU 60.11 : 32 mm pour lavabo, 40 mm pour douche, 100 mm pour WC, sauf cas spécifiques).
- Pentes des évacuations (généralement 1 à 3 % selon DTU 60.11).
- Présence de siphons accessibles et de dispositifs de mise à l’air (ventilation primaire ou secondaire).
- Traces d’humidité, infiltrations, odeurs persistantes signalant une mauvaise ventilation ou un siphon désamorcé.
En cas de doute sur la présence de plomb dans les canalisations, un diagnostic plomb peut être conseillé, notamment dans les bâtiments anciens. Le Code de la santé publique (articles L.1334-1 et suivants) encadre la prévention du saturnisme lié au plomb.
Définir précisément le projet de cuisine ou de salle de bain
La réussite d’une plomberie de rénovation passe par une définition claire de l’aménagement final. Chaque appareil sanitaire et chaque équipement de cuisine a des contraintes spécifiques.
Éléments à lister pour une cuisine :
- Nombre et emplacement des éviers et robinets (mitigeur classique, mitigeur douchette, robinet filtrant, etc.).
- Alimentation et évacuation pour lave-vaisselle.
- Eventuelle arrivée d’eau pour réfrigérateur américain.
- Préparation éventuelle pour un adoucisseur d’eau ou un système de filtration.
- Type de production d’eau chaude (chaudière, chauffe-eau électrique, instantané, etc.).
Éléments à lister pour une salle de bain :
- Type de douche (receveur classique, douche à l’italienne, cabine, colonne hydromassante).
- Type de baignoire (classique, balnéo, ilot) et emplacement des alimentations.
- Nombre de vasques, robinetterie murale ou sur plan.
- WC classique, WC suspendu, WC avec broyeur (soumis à des conditions particulières, Cf. circulaires d’assainissement et règlement de copropriété).
- Pré-équipement pour lave-linge ou sèche-linge (arrivée d’eau, évacuation, alimentation électrique).
Cette étape permet au plombier et au maître d’œuvre de dimensionner correctement les réseaux (débits, sections de tuyaux, mitigeurs thermostatiques, etc.) et d’assurer le respect des prescriptions des fabricants et des DTU.
Vérification des normes et obligations réglementaires
La rénovation de plomberie doit respecter un ensemble de normes françaises et européennes. Les plus courantes en habitat résidentiel sont :
- DTU 60.1 : règles de conception et de mise en œuvre des installations sanitaires (alimentation en eau froide et chaude sanitaire).
- DTU 60.11 : mise en œuvre des évacuations d’eaux usées et pluviales.
- NF EN 1717 : protection contre la pollution de l’eau potable dans les installations intérieures et exigences générales des dispositifs de protection contre la pollution par retour.
- Prescriptions d’accessibilité des logements figurant notamment dans le Code de la construction et de l’habitation (articles R*111-18-1 et suivants), particulièrement pour les logements neufs ou rénovations lourdes.
En copropriété, les travaux qui modifient les colonnes montantes, les évacuations communes ou l’aspect extérieur peuvent nécessiter une autorisation de l’assemblée générale (loi du 10 juillet 1965, articles 25 et 26).
Check-list alimentation en eau
Une alimentation en eau fiable, bien dimensionnée et accessible est la base d’une rénovation durable de cuisine ou de salle de bain.
Points à vérifier et à prévoir :
- Position et accessibilité du robinet d’arrêt général et des vannes d’isolement pour chaque zone (cuisine, salle de bain, WC).
- Remplacement des tuyaux vétustes (acier galvanisé, plomb) par des matériaux adaptés : cuivre, PER, multicouche, conformes aux normes en vigueur.
- Dimensionnement des diamètres de tuyaux pour éviter simultanément manque de débit et bruit (conformément au DTU 60.1).
- Installation d’un réducteur de pression si la pression d’entrée dépasse celle recommandée par les normes ou les fabricants (souvent autour de 3 bars).
- Pose de filtres, purges et disconnecteurs conformes à la NF EN 1717 lorsque nécessaire (prévention des retours d’eau polluée).
- Prévoir des alimentations spécifiques pour tous les appareils futurs, même si non installés immédiatement (lave-vaisselle, douche supplémentaire, WC à douchette, etc.).
Check-list évacuations des eaux usées
Les évacuations sont fréquemment source de problèmes après rénovation : refoulements, mauvaises odeurs, stagnation. Une check-list rigoureuse évite ces désagréments.
Points de contrôle essentiels :
- Respect des pentes minimales selon DTU 60.11 (généralement 1 cm par mètre pour les évacuations horizontales).
- Utilisation de diamètres suffisants : 32 mm pour lave-mains, 40 mm pour lavabo, baignoire, douche, 50 mm dans certains cas d’installations collectives, 100 mm pour WC.
- Présence de siphons sur chaque appareil sanitaire, facilement accessibles pour entretien.
- Vérification de la ventilation primaire de la colonne de chute et, si nécessaire, mise en place de ventilations secondaires ou de soupapes d’aération, conformément au DTU 60.11.
- Étanchéité des raccordements, choix de colles et joints compatibles avec les matériaux (PVC, fonte, grès, etc.).
- Gestion des eaux de machine à laver et lave-vaisselle (raccordements sur siphon adapté, pas de rejet direct dans un égouttement ou un regard inapproprié).
Spécificités de la rénovation de salle de bain
La salle de bain concentre souvent la plupart des points sensibles en plomberie de rénovation : sécurité, étanchéité, confort d’utilisation.
Douche et baignoire :
- Vérifier la faisabilité d’une douche à l’italienne (hauteur disponible pour la bonde, possibilité d’encastrer l’évacuation, pente de sol, éventuelle surélévation).
- Prévoir un mitigeur thermostatique, en particulier pour la sécurité des enfants et des personnes âgées (recommandé par de nombreux fabricants et cohérent avec les exigences de confort).
- Renforcer l’étanchéité des parois et du sol (SPEC, membrane, bandes d’étanchéité) conformément aux prescriptions du DTU 52.2 pour les chapes et carrelages dans les locaux humides.
WC et lave-mains :
- Vérifier la compatibilité du WC avec le réseau d’évacuation existant (chute verticale, horizontale, distance à la colonne).
- Prévoir un robinet d’arrêt accessible et un flexible d’alimentation de qualité.
- Intégrer, si possible, un lave-mains dans le même local afin de respecter les exigences d’hygiène recommandées.
Accessibilité et sécurité :
- Hauteurs de vasques, de robinetterie et d’appareils compatibles avec les recommandations d’accessibilité du CCH (articles R*111-18-1 et suivants pour les logements neufs, source d’inspiration pour la rénovation).
- Prévention des risques de brûlures : température maximale de l’eau chaude recommandée à 50 °C aux points de puisage (réglage chaudière ou mitigeur thermostatique).
Spécificités de la rénovation de cuisine
En cuisine, les contraintes de plomberie s’articulent autour du plan de travail, des meubles et des équipements électroménagers.
Réseaux à anticiper :
- Arrivée d’eau froide et éventuellement eau chaude pour l’évier, positionnées en fonction du futur meuble sous-évier.
- Évacuation placée à la bonne hauteur et au bon endroit pour éviter les recoupes de meubles.
- Pré-équipement pour lave-vaisselle : robinet d’arrêt dédié, évacuation adaptée (siphon avec piquage ou évacuation indépendante).
- Arrivée d’eau pour réfrigérateur connecté (distributeur d’eau, glaçons), avec robinet d’arrêt accessible.
- Éventuelle préparation pour un osmoseur, un filtre sous évier ou un adoucisseur.
Les dispositions doivent également être coordonnées avec l’électricité (respect des volumes de sécurité, croisement des réseaux à maîtriser) et la ventilation (hotte, VMC) conformément aux prescriptions du Code de la construction et de l’habitation et aux DTU électricité et ventilation (notamment NF C 15-100 pour l’électricité).
Choix des matériaux et des fournisseurs
Le choix des matériaux a un impact direct sur la durabilité de votre installation de plomberie de rénovation et sur sa conformité réglementaire.
Matériaux et robinetterie :
- Privilégier des marques disposant d’agréments (ACS – Attestation de Conformité Sanitaire pour les matériaux en contact avec l’eau potable, selon l’arrêté du 29 mai 1997 modifié).
- Opter pour des tuyauteries et raccords conformes aux normes NF et aux DTU (cuivre, PER BAO, multicouche, PVC évacuation).
- Choisir des robinetteries certifiées NF, gage de performance hydraulique et de durabilité.
Où se fournir :
- Négociants en matériaux de construction et en plomberie (réseaux professionnels) offrant des conseils techniques et une traçabilité des produits.
- Grossistes spécialisés en sanitaire et chauffage, pour un large choix de références et de pièces détachées.
- Sites de vente en ligne spécialisés, à condition de vérifier la conformité des produits au marché français (normes NF, CE, ACS).
Coordination avec les autres corps de métier
Une rénovation réussie de cuisine ou de salle de bain implique une coordination étroite entre plombier, électricien, carreleur, cuisiniste et parfois maçon.
Points à organiser avant le début des travaux :
- Plan précis avec emplacements des arrivées et évacuations d’eau, des prises électriques et des évacuations de VMC.
- Ordonnancement des interventions : passage des réseaux (eau, électricité) avant pose des cloisons et du carrelage, essais d’étanchéité avant finition.
- Réalisation d’essais de pression sur les réseaux avant fermeture des doublages et avant pose des meubles.
- Vérification finale du bon fonctionnement de tous les appareils (remplissage, vidange, absence de fuite, bonne pression, absence de bruit anormal dans les canalisations).
La check-list de plomberie de rénovation, établie en amont et complétée au fil du chantier, est un outil essentiel pour sécuriser votre projet, respecter les normes françaises (DTU, CCH, normes NF et européennes) et garantir une cuisine ou une salle de bain durable, confortable et évolutive.

